https://www.liberation.fr/france/2001/04/20/des-survivants-entre-doute-et-nostalgie_361838
Par Marc PIVOIS — 20 avril 2001
D’anciens adeptes ont raconté leur surprise totale après les massacres.

Pour eux tous, les massacres en Suisse ­ 53 morts en 1994 ­ ont été «une surprise totale», «une chose totalement incompréhensible aujourd’hui encore», un événement «ahurissant». Tous sont d’anciens membres de la Golden Way Foundation, de l’Ordre du temple solaire (OTS) ou de l’Ordre rénové du temple (ORT), autant d’étiquettes désignant des degrés divers d’une même réalité: le groupe qui gravitait autour de Jo Di Mambro.

Hier, devant le tribunal correctionnel de Grenoble, les anciens adeptes se sont succédé, visages enturbannés de foulards, chapeaux ou bérets enfoncés sur les yeux pour échapper, selon l’un d’eux, «à la horde sauvage» des caméras. Pourtant, leur aventure au sein du «groupe», de «la communauté», de «l’ordre», plus rarement de «la secte», aucun ne la regrette. «On ne m’a jamais obligé à faire quoi que ce soit qui soit contraire à ma conscience», assure Liliane, entrée en 1977 à 19 ans, «asthmatique, couverte d’eczéma et cherchant une autre façon de [se] soigner, un autre rapport avec la vie».

«Cape dorée». XX(1), médecin homéopathe, est introduit par son confrère Luc Jouret, grand maître de l’ORT: «Il m’a proposé d’être cape dorée. C’était un grand honneur.» L’enseignement ésotérique qu’il y a reçu lui a permis de «voir des choses merveilleuses», comme «le visage du Christ» apparaissant à la place de celui de sa femme, juste avant qu’elle meure de leucémie. Quant à Charles Dauvergne, militant zélé ordonné «prêtre» de l’ORT par monseigneur Laborie, évêque de «la petite «Eglise catholique latine», il se souvient de «la beauté des rituels hermétiques». Qu’importe si ce qu’on y disait «n’était pas toujours transparent, c’était agréable à dire». Lui en connaît un rayon dans la tradition templière. Il a donc trouvé «dans l’ordre des choses» que Tabachnik annonce que «l’Ordre était terminé et qu’il fallait passer à l’Alliance Rose + Croix». C’était à Avignon, en septembre 1994. «Il a expliqué qu’on nous convoquerait un jour pour les travaux qui restaient à faire.» Onze jours avant les massacres dans les chalets suisses de Cheiry et Salvan. Lorsqu’il apprend la tragédie à la radio, qu’il comprend qu’il s’agit de ses «frères», il a vraiment cru qu’ils avaient transité sur Sirius, planète du bonheur éternel. «Quelques jours plus tard, j’ai vu les corps brûlés à la télévision, j’ai appris qu’ils avaient été tués par balles, j’ai pensé que quelque chose n’allait pas.»

Déclic. Tous ceux qui ont pu témoigner ces deux derniers jours ont dû avoir, à un moment ou un autre, ce déclic, ce moment de doute. Est-ce ce qui les a sauvés? Ou le fait que Jo ne les avait pas appelés? «A l’époque, si lui et personne d’autre me l’avait demandé, je l’aurais suivi, j’avais si confiance en lui», reconnaît Liliane. Un an plus tard, à nouveau seize personnes meurent, assassinées ou suicidées, dans le Vercors. «Là, c’était différent», explique-t-elle.

Après les massacres en Suisse, un groupe de survivants s’est recréé autour de Christiane Bonet, une proche de Jo Di Mambro disparu. «Christiane a vite pris la direction des débats et des méditations. C’était au ras des pâquerettes, se souvient Liliane. Ils ne parlaient que du transit et, en fait, ils n’avaient qu’un regret, c’est de ne pas avoir été choisis pour le départ.» Liliane a rompu.

Adieux. Et Michel Tabachnik, dans tout ça? Il est le seul prévenu du procès, poursuivi pour «association de malfaiteurs». Unanimes, ces témoins ont affirmé que «Michel ne faisait que ce que Jo lui disait de faire». Ainsi Charles Dauvergne, qui affirme que «jamais personne ne pouvait penser que les mots prononcés par Tabachnik annonçaient un transit». Personne? Soixante-quatorze adeptes ont pourtant «quitté leur enveloppe charnelle» dans les jours et les mois qui ont suivi cette «réunion d’Avignon».

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