DANIEL PAQUET  Samedi, 25 mars 2017

Au milieu des années 1990, une secte ayant des ramifications en France, en Suisse et au Québec a fait beaucoup parler d’elle: l’Ordre du Temple solaire (OTS). Ce groupe allait défrayer la chronique en raison d’événements tragiques et du mystère qui entourait ses disciples.

En 1993, on apprenait qu’une quinzaine de cadres et employés d’Hydro-Québec appartenaient à une secte qui mélangeait ésotérisme, occultisme et vision apocalyptique de l’avenir.

Certains montants d’argent avaient même été alloués à l’OTS par la Société d’État pour engager des conférenciers, en plus de payer des séminaires et des ateliers de croissance personnelle proposés par la secte.

Une hécatombe

À l’automne 1994, cinq membres de l’OTS sont retrouvés morts dans un chalet de Morin-Heights dans les Laurentides. C’est le début de l’hécatombe.

Quelques jours plus tard, soit le 5 octobre, une cinquantaine de corps sont découverts dans deux autres chalets, cette fois à Salvan et Cheiney en Suisse. Parmi les morts se trouvent entre autres Luc Jouret et Jo Di Mambro, les deux principaux dirigeants de l’OTS, et Joce-Lyne Grand’Maison, une journaliste du Journal de Québec.

Les autopsies révèlent qu’il ne s’agit pas d’un suicide collectif, mais bien d’un mélange de meurtres et de suicides. Des traces de sédatifs et de poison sont trouvées, certains ont été étouffés et d’autres ont péri d’une ou plusieurs balles dans la tête. La dizaine de victimes d’origine québécoise ont toutes été assassinées.

Autres tragédies

À la suite de ce drame, les enquêtes démontrèrent que certains donateurs avaient demandé des comptes à Jouret et Di Mambro en 1993-1994. Ces derniers, qui vivaient dans le luxe et l’opulence grâce à leurs arnaques et à la crédulité de leurs adeptes, avaient possiblement décidé de mettre un terme à toute cette affaire.

Mais les croyances étaient fortes chez certains membres de la secte qui existait depuis une dizaine d’années. La base de la philosophie de l’OTS voulait qu’après leur mort, les initiés se retrouvent sur Sirius, une étoile lointaine où ils pourraient repartir à zéro. L’idée que la fin du monde était proche avait sans doute conduit certaines personnes à effectuer ce « transit » plus tôt que prévu à la suite du désistement de leurs dirigeants.

À l’appui de cette hypothèse, un an plus tard et malgré la mort de leurs dirigeants en Suisse, une quinzaine d’autres membres de l’OTS, dont trois enfants, sont retrouvés morts dans un champ du Vercors, en France. Tout comme en Suisse, certains ont été abattus alors que d’autres se sont suicidés.

Le triste chapitre de l’OTS se terminera en mars 1997, à Saint-Casimir-de-Portneuf au Québec, lorsque cinq cadavres calcinés de membres de la secte sont retrouvés, portant le nombre de victimes à 74 au total dont 11 Québécois.

STUPÉFACTION

Jamais la salle de rédaction du Journal de Québec n’a été aussi pétrifiée par un événement qu’en ce 5 octobre 1994, lorsque la nouvelle qu’une de nos collègues, Joce-Lyne Grand’Maison, faisait partie de la secte de l’OTS et comptait parmi les victimes du massacre en Suisse.

Joce-Lyne Grand’Maison, journaliste au Journal de Québec, était au nombre des personnes tuées en Suisse.

Elle était entrée au Journal en 1984 et, quelques mois après son arrivée, elle avait vraisemblablement joint l’OTS. Pendant cette période de 10 ans, personne n’avait soupçonné quoi que ce soit dans la salle de rédaction. Elle ne faisait jamais d’allusion à ce sujet, se comportait comme tout le monde et participait aux activités professionnelles et sociales tout à fait normalement.

Dès que la nouvelle tomba, Le Journal dépêcha un journaliste en Suisse pour couvrir l’événement. François Bourque fut même appelé à l’identifier formellement à la morgue durant son séjour et il observa qu’elle avait subi deux blessures par balle à la tête. Notre collègue avait été assassinée.

TROIS ADOS S’EN SORTENT

En 1997, cinq membres de l’OTS périssaient dans un incendie à Saint-Casimir-de-Portneuf et trois enfants étaient retrouvés vivants.

Lors de l’équinoxe de mars 1997, cinq membres de l’OTS, dont trois Français, périrent dans un incendie à Saint-Casimir-de-Portneuf. À leur arrivée sur les lieux, les policiers découvrirent trois adolescents âgés de 13 à 16 ans, qui avaient trouvé refuge dans un atelier situé près de la demeure.

Leurs parents et une amie du couple, de même que deux victimes québécoises, furent retrouvés dans la maison principale. L’une des personnes avait péri étouffée par un sac de plastique et était assise sur une chaise au rez-de-chaussée. Les quatre autres étaient couchées en croix dans un grand lit à l’étage.

Le Journal apprit que le projet de départ était que les huit personnes présentes partent en « transit » pour Sirius en se donnant la mort. Tout le monde avait pris un sédatif le 20 mars, mais le système de déclenchement du mécanisme ne fonctionna pas. Le lendemain, le père des trois ados voulut recom­mencer, mais en testant l’appareil, il s’aperçut qu’il était défectueux.

Pas de poursuite

Les trois enfants négo­cièrent avec les adultes. Ils ne voulaient pas mourir. Fina­lement, il fut entendu que l’un des ados allumerait le feu et se réfugierait dans l’atelier avec les deux autres.

Le ministère public jongla quelques jours avec la possibilité de traduire les jeunes en justice, mais devant une situation aussi particulière, il fut finalement décidé que les enfants seraient confiés à leur famille en France et que la Protection de la jeunesse française s’occuperait du dossier.

www.journaldequebec.com/2017/03/25/1994—les-massacres-de-lordre-du-temple-solaire

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